« Qu'entends-tu par volonté ? demandai-je. Tu dis que nous n'avons pas de
volonté libre, et ensuite, tu déclares qu'il suffit de diriger fermement sa volonté sur un but quelconque afin de l'atteindre. Tu te contredis. Si je ne suis pas maître de ma volonté, comment
puis-je la diriger à mon gré ici ou là ? »
(...)
« Tu fais bien de demander cela, dit-il en souriant. Il faut toujours questionner, toujours douter. Mais c'est très
simple
. Si, par exemple, un papillon de nuit voulait atteindre une étoile ou quelque chose de semblable, il ne le pourrait pas. Aussi n'essaie-t-il pas. Il cherche seulement ce qui présente un sens pour
lui, ce dont il a besoin, ce qu'il lui faut absolument. Et il réussit l'incroyable : il crée un sixième sens magique que ne possède aucun autre animal. Nous avons plus de latitude et plus
d'interêts qu'un animal ; mais, nous aussi , nous nous mouvons dans un cercle relativement étroit que nous sommes incapables de franchir. Je puis bien m'imaginer que par exemple, je veuille me
rendre sur-le-champ au pôle Nord ; mais je ne puis vouloir assez fortement, et par là être capable de réaliser mon désir, que lorsqu'il me possède entièrement. Quand ce cas se présente, quand tu
essaies d'accomplir ce qui t'est dicté intérieurement, alors, cela réussit, alors, tu peux atteler ta volonté comme un bon coursier. Si, par exemple, je voulais amener notre pasteur à ne plus
porter de lunettes, j'échouerais parce que ce n'est là qu'un enfantillage. Mais, lorsque, l'automne dernier, je voulus à tout prix changer de banc, cela alla tout seul. Il se trouva subitement un
élève qui, par rang alphabétique, devait être placé devant moi et qui avait été malade jusque là, et, quelqu'un devant lui céder la place, ce fut moi, naturellement, parce que ma volonté était
prête à saisir cette occasion. »
Dialogue entre Sinclair et Max Demian.
Par samsaraa
Jeudi 26 novembre 2009
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« Tu as encore du blé ? dit Bobi.
_ Oui.
_ Beaucoup ?
_ Deux charges.
_ Tu l'as encore tout, alors ?
_ Non. J'ai vendu daux charges. La moitié.
_ Tu gardes celui-là pour la semence ?
_ D'abord. Mais j'aurais pu en vendre encore au moins une charge. Seulement le prix a baissé.
_ Le blé te sers à quoi ? demanda Bobi.
_ Des fois, dit Jourdan, je comprends mal ce que tu demandes.
_ C'est toujours quand c'est simple, dit Bobi. Le blé, à quoi ça te sers ?
_ Pour le pain.
_ Pour Marthe et toi ?
_ Oui.
_ Il t'en faut combien pour l'an ?
_ Une charge.
_ Alors, le reste ?
_ Je le vends.
_ Donc, dit Bobi au bout d'un moment, avec du blé tu fais du pain pour Marthe et toi. C'est juste. Avec encore de ton blé tu resèmes pour du nouveau blé, c'est juste. Avec ce qui reste, tu fais des
sous. Tu donnes ton blé à quelqu'un. Il fait le compte. Il tire son portefeuille. Il te donne un billet, deux billets, tois billets ; tu les mets dans ton portefeuille, tu ferme ta poche. Tu
reviens à la Jourdane. Tu prends ton portefeuille, tu tires les billets. Tu les fais voir à Marthe. Tu ouvres l'armoire. Bon. À ce moment-là, tu t'aperçois que tu es un lépreux. De ton travail tu
as fais trois parts : une qui te sers à vivre : toi et Marthe, ça fait un. Qand je dis : toi, ça veut dire les deux. Bon. Une autre part qui te donne l'assurance de vivre l'an prochain. Une
troisième part qui est en papier sous les chemises pliées. Qu'est-ce que tu as fait pour le lépreux dans tout ça ? Rien.
« Quand on ne fait rien pour le lépreux, il deviejnt de plus en plus lépreux.
« Il y a une partie de ton travail qui est perdue. C'est celle qui
s'est transformée en papier et qui à plat, toute mince, sous les chemises de Marthe.
« Je dis perdue.
_ Comment, perdue ? dit Jourdan, c'est de l'argent.
_ Je dis plus, continua Bobi, c'est ça qui te donne la lèpre. Entendons-nous. Je forceun peu pour te faire comprendre. Le germe de cette lèpre, tu l'as en naissant. Il est venu jusqu'à nous de mère
en mère. C'est un petit point noir dans la matrice des femmes, juste à l'endroit où s'appuis la tete de l'enfant.
_ C'est donc, dit Jourdan, qu'on est promis à toute la catastrophe ?
_ Non, dit Bobi, au contraire.
_ Si on a de la naissance, dit Jourdan.
_ Ce germe de lèpre, dit Bobi, c'est plus nécessaire que le coeur.»
...
« Ce que tu appelles la lèpre, dit Bobi, c'est de l'amour sans emploi. Oui qu'est-ce que tu te figures d'etre ?
_ Tu me regardes, dit Jourdan, comme si tu me voulais du mal.
_ Non, dit Bobi, et tu le sais. Je te regarde parce que je te corrige.
_ Qu'est-ce que je suis ? dit Jourdan.
_ Oui, tu es un homme, un point c'est tout.
_ Je suis un homme », se redit Jourdan.
_ Le tort, dit Bobi, c'est de se croire plus. »
Et Jourdan resta muet parce qu'il cherchait ce que ça voulait dire.
« Tu es obligé d'aimer le monde », dit
Bobi.
Par samsaraa
Dimanche 1 novembre 2009
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